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MandouPsy

Bilan après 3 ans en Mauricie

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Bonjour à tous,

Il me semblait essentiel, de par l’importance que ce site a pris dans mon immigration, de réaliser un retour d’expérience trois ans après mon entrée sur le sol québécois. Si l’expérience des autres a réussi à me nourrir, j’imagine qu’il faut aussi donner à son tour. Je voulais donc vous retracer mon processus migratoire durant ces trois années au Québec. Il s’agit bien évidemment d’une expérience subjective, ne reflétant pas l’avis de l’ensemble des immigrés. Je vous souhaite une bonne lecture !

Toute immigration commence d’abord par une motivation de fer (étant donnée le poids administratif notamment) et un projet bien ficelé. Pour moi c’était de poursuivre mes études au Québec. Enfin, avec du recul, je me rends compte que mon départ de France était aussi dû aussi à une sensation désagréable de tourner en rond, une peur sans doute d’entrer dans le sentier de la routine (mais ça, je m’en rendrais compte que bien plus tard). Il est vrai qu’il est plus facile de justifier de son départ pour les proches en s’appuyant sur une raison tangible ?. Il va s’en dire que les séparations avec nos proches ont été difficiles car marqués par la tristesse. Même si notre programme (initial) était de partir pour 4 ans, ça reste long pour les gens qui attendent.

Nous sommes arrivés, moi et mon conjoint, il y a trois ans en région de la Mauricie. Tout a commencé dans la rue, où les gens nous encourageaient et nous proposaient leur aide pour porter nos quelques 80kg de valise. Je pense que c’est ici que la première phase du processus migratoire s’est mise en marche. Nous étions C.O.N.Q.U.I.S, totalement excités et en amour total. L’excitation du départ a été à son comble durant les deux premiers mois.

Ensuite le retour à la réalité (recherche de travail et reprise d’étude) a été moins intense mais tout aussi joviale. Il faut dire que nous avons eu l’occasion de rencontrer rapidement des gens sur lesquels on a pu compter dès notre arrivée. Trois ans plus tard, ces ‘’gens’’ sont réellement devenus notre famille de substitution.

Il a réellement fallu un an et demi pour que l’excitation de mon bord tombe et que j’entame, d’un coup d’un seul, un vrai choc culturel. Je pense que l’immigration a beaucoup brassé mon processus identitaire (qui je suis au fond ? quelles sont mes valeurs ? qu’est-ce que je suis prête à changer ? qu’est-ce que je suis prête à conserver ?). Le plaisir d’apprendre une nouvelle culture à peu à peu laisser la place à la lourdeur de réaliser des nouveaux apprentissages au quotidien et de ne pas comprendre en finesse les nouveaux codes sociaux. C’était laborieux, pénible, pas confortable. Ça demande une énergie dingue ! Et puis, même si dans notre ‘’chez nous’’, on pouvait retourner le soir à nos acquis français, je passais toute la journée avec des québécois. C’est d’ailleurs un des avantages d’habiter en région. Il semble ne pas avoir de communauté française ici, donc pas la possibilité de se replier sur sa culture. On s’intègre c’est tout ? Durant cette phase de choc, j’ai alterné une position de rejet total de ma culture française (et une adoration sans faille de la culture québécoise) à une ecoeurentite aiguë de la culture québécoise (et une adoration sans faille de la culture française). Bien honnêtement, j’ai vraiment manqué de modération durant cette phase. Je suis passée de ‘’nous en France on fait ça’’ (oui, le stéréotype du français) à ‘’mon dieu que c’est hot ici’’. Ce qui m’a beaucoup ébranlé, c’est la différence de distance émotionnelle entre mes amitiés de France et mes amitiés naissantes au Québec. Je ne sais pas comment l’expliquer, mais j’ai pu me sentir seule et complétement perdue dans ce à quoi l’autre s’attendait de la relation, et ce à quoi j’attendais de l’autre. J’ai eu une vraie rupture amicale franco-québécoise  au bout de un an et demi et bien honnêtement, celle-ci a été très douloureuse. Avec du recul, je pense avoir idéalisée cette relation et sans doute plaqué un modèle de relation trop ‘’française’’ (p. ex., importance de la franchise, du débat…).

Cette période a duré un temps important, mais a été vraiment formatrice pour mon identité. Ça fait maintenant quelques mois que j’entre dans la phase 3 de l’immigration : l’adaptation. J’ apprend à lier ma culture avec celle de ma terre d’accueil. Je ne réagis plus aussi émotionnellement aux choses différentes ou nouvelles. Avec du recul, être en contact avec une culture nouvelle nous montre des aspects de nous sur un nouveau jour, que je n’aurai sans doute jamais creusés en restant en France. En gros, je pense que l’immigration fait grandir. On verra donc ce que la suite me réserve !

Pour conclure, je souhaitais transmettre quelques conseils pour les futurs immigrants :

  •        Je pense qu’on ne peut pas anticiper à l’avance comment l’immigration nous transforme. Il faut prendre le temps de la vivre, c’est tout

  •         Immigrer en région paraît une excellente solution d’intégration. Quand je compare mon expérience à celle de mes amis qui ont immigré à Montréal par exemple, je vois que la barrière d’intimité avec les Montréalais est beaucoup plus difficile à franchir (pas de rejet ici ! j’ai des amis montréalais avec qui je m’entend très bien ?)

  •         Le passage du ‘’Nous en France’’ ou de l’auto centrisme paraît obligatoire… c’est chiant mais c’est comme ça. Être perpétuellement confronté à la différence vient à mon sens confronter notre propre identité culturelle, qu’on tente de ‘’protéger’’. Cette phase ne dure pas, enfin ça a pas été notre cas
  •       Une psychothérapie ça aide vraiment à travailler son processus d’identité ! Ç’est un investissement, mais ça vaut vraiment le coup

Les tips de mon conjoint, qui lui, a été moins émotionnel que moi ? :

  •         Privilégier l’immigration en région car moins la possibilité de te renfermer avec les gens de ta culture
  •           Profitez d’un système d’éducation différent et plus doux qu’en France : n’hésitez pas à vous réorienter
  •       Intéressez-vous à l’histoire du Québec car ça permet de comprendre les québécois (leur mentalité, leur manière d'être en relation...)

Merci de m’avoir lu et désolé à l’avance pour les fautes ! Je vous souhaite bonne route, à ceux en chemin et à ceux déjà sur place !

Au plaisir de lire vos commentaires,

 

MandouPsy

 

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Guest
48 minutes ago, MandouPsy said:

Bonjour à tous,

 

Il me semblait essentiel, de par l’importance que ce site a pris dans mon immigration, de réaliser un retour d’expérience trois ans après mon entrée sur le sol québécois. Si l’expérience des autres a réussi à me nourrir, j’imagine qu’il faut aussi donner à son tour. Je voulais donc vous retracer mon processus migratoire durant ces trois années au Québec. Il s’agit bien évidemment d’une expérience subjective, ne reflétant pas l’avis de l’ensemble des immigrés. Je vous souhaite une bonne lecture !

 

Toute immigration commence d’abord par une motivation de fer (étant donnée le poids administratif notamment) et un projet bien ficelé. Pour moi c’était de poursuivre mes études au Québec. Enfin, avec du recul, je me rends compte que mon départ de France était aussi dû aussi à une sensation désagréable de tourner en rond, une peur sans doute d’entrer dans le sentier de la routine (mais ça, je m’en rendrais compte que bien plus tard). Il est vrai qu’il est plus facile de justifier de son départ pour les proches en s’appuyant sur une raison tangible ?. Il va s’en dire que les séparations avec nos proches ont été difficiles car marqués par la tristesse. Même si notre programme (initial) était de partir pour 4 ans, ça reste long pour les gens qui attendent.

 

Nous sommes arrivés, moi et mon conjoint, il y a trois ans en région de la Mauricie. Tout a commencé dans la rue, où les gens nous encourageaient et nous proposaient leur aide pour porter nos quelques 80kg de valise. Je pense que c’est ici que la première phase du processus migratoire s’est mise en marche. Nous étions C.O.N.Q.U.I.S, totalement excités et en amour total. L’excitation du départ a été à son comble durant les deux premiers mois.

 

Ensuite le retour à la réalité (recherche de travail et reprise d’étude) a été moins intense mais tout aussi joviale. Il faut dire que nous avons eu l’occasion de rencontrer rapidement des gens sur lesquels on a pu compter dès notre arrivée. Trois ans plus tard, ces ‘’gens’’ sont réellement devenus notre famille de substitution.

 

Il a réellement fallu un an et demi pour que l’excitation de mon bord tombe et que j’entame, d’un coup d’un seul, un vrai choc culturel. Je pense que l’immigration a beaucoup brassé mon processus identitaire (qui je suis au fond ? quelles sont mes valeurs ? qu’est-ce que je suis prête à changer ? qu’est-ce que je suis prête à conserver ?). Le plaisir d’apprendre une nouvelle culture à peu à peu laisser la place à la lourdeur de réaliser des nouveaux apprentissages au quotidien et de ne pas comprendre en finesse les nouveaux codes sociaux. C’était laborieux, pénible, pas confortable. Ça demande une énergie dingue ! Et puis, même si dans notre ‘’chez nous’’, on pouvait retourner le soir à nos acquis français, je passais toute la journée avec des québécois. C’est d’ailleurs un des avantages d’habiter en région. Il semble ne pas avoir de communauté française ici, donc pas la possibilité de se replier sur sa culture. On s’intègre c’est tout ? Durant cette phase de choc, j’ai alterné une position de rejet total de ma culture française (et une adoration sans faille de la culture québécoise) à une ecoeurentite aiguë de la culture québécoise (et une adoration sans faille de la culture française). Bien honnêtement, j’ai vraiment manqué de modération durant cette phase. Je suis passée de ‘’nous en France on fait ça’’ (oui, le stéréotype du français) à ‘’mon dieu que c’est hot ici’’. Ce qui m’a beaucoup ébranlé, c’est la différence de distance émotionnelle entre mes amitiés de France et mes amitiés naissantes au Québec. Je ne sais pas comment l’expliquer, mais j’ai pu me sentir seule et complétement perdue dans ce à quoi l’autre s’attendait de la relation, et ce à quoi j’attendais de l’autre. J’ai eu une vraie rupture amicale franco-québécoise  au bout de un an et demi et bien honnêtement, celle-ci a été très douloureuse. Avec du recul, je pense avoir idéalisée cette relation et sans doute plaqué un modèle de relation trop ‘’française’’ (p. ex., importance de la franchise, du débat…).

 

Cette période a duré un temps important, mais a été vraiment formatrice pour mon identité. Ça fait maintenant quelques mois que j’entre dans la phase 3 de l’immigration : l’adaptation. J’ apprend à lier ma culture avec celle de ma terre d’accueil. Je ne réagis plus aussi émotionnellement aux choses différentes ou nouvelles. Avec du recul, être en contact avec une culture nouvelle nous montre des aspects de nous sur un nouveau jour, que je n’aurai sans doute jamais creusés en restant en France. En gros, je pense que l’immigration fait grandir. On verra donc ce que la suite me réserve !

 

Pour conclure, je souhaitais transmettre quelques conseils pour les futurs immigrants :

 

  •        Je pense qu’on ne peut pas anticiper à l’avance comment l’immigration nous transforme. Il faut prendre le temps de la vivre, c’est tout

     

  •         Immigrer en région paraît une excellente solution d’intégration. Quand je compare mon expérience à celle de mes amis qui ont immigré à Montréal par exemple, je vois que la barrière d’intimité avec les Montréalais est beaucoup plus difficile à franchir (pas de rejet ici ! j’ai des amis montréalais avec qui je m’entend très bien ?)

     

  •         Le passage du ‘’Nous en France’’ ou de l’auto centrisme paraît obligatoire… c’est chiant mais c’est comme ça. Être perpétuellement confronté à la différence vient à mon sens confronter notre propre identité culturelle, qu’on tente de ‘’protéger’’. Cette phase ne dure pas, enfin ça a pas été notre cas
  •       Une psychothérapie ça aide vraiment à travailler son processus d’identité ! Ç’est un investissement, mais ça vaut vraiment le coup

     

     

Les tips de mon conjoint, qui lui, a été moins émotionnel que moi ? :

 

  •         Privilégier l’immigration en région car moins la possibilité de te renfermer avec les gens de ta culture
  •           Profitez d’un système d’éducation différent et plus doux qu’en France : n’hésitez pas à vous réorienter
  •       Intéressez-vous à l’histoire du Québec car ça permet de comprendre les québécois (leur mentalité, leur manière d'être en relation...)

 

 

Merci de m’avoir lu et désolé à l’avance pour les fautes ! Je vous souhaite bonne route, à ceux en chemin et à ceux déjà sur place !

 

Au plaisir de lire vos commentaires,

 

 

 

MandouPsy

 

 

 

Tres belle experience et très enrrichissante,  j' ai toujours aimé vivre à Trois rivierres.

Quels conseils me donnera tu ? 

Concernant, les études, l' emploi et les logements. Merci pour ton retour.

 

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Salut Jimmy !

Merci pour ton mot sympathique.

Pour Trois-Rivières, tu peux trouver facilement un logement, car il y a plus d'offre que de demande. Résultat: tu as le choix et les loyers sont vraiment peu chers, comparativement à d'autres villes. Pour les études, il y a différents lieux d'enseignement, comme l'UQTR (université du Québec à Trois-Rivières) ou le CEGEP par exemple, de très haute qualité. Pour l'emploi, Trois-Ri à un taux de chômage un peu plus élevé que la moyenne. Après je ne sais pas ce que tu recherches, ça dépend vraiment des secteurs à vrai dire.

Bonne continuation !

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Merci pour ce témoignage! Nous allons l'afficher en page d'accueil. Bonne suite à ton intégration.

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Très jolie témoignage ;)

 

Tout a fait d'accord avec toi sur le fait que l'immigration nous changent et change notre perception des choses et des événements et on en ressort grandi ?

 

Bonne continuation !!

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Merci pour votre témoignage "équilibré", il est en effet courant de se laisser aller à des conclusions définitives, après avoir vécu aux USA quelques années, au Brésil, en Provence (lol) j'ai compris une chose essentielle : "ailleurs, je suis un immigré" sachant que quoique je fasse je ne serai jamais qu'un produit exotique dont on se lasse très vite ;-) Ceci étant dit, au Québec, il y a la nature avec un grand N.

BONNE CONTINUATION :-)

 

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Salut MandouPsy!

 

Même si ça fait quelques mois que ça a été posté, merci beaucoup pour ton témoignage, c'est très intéressant :) !

 

Je viens d'arriver à Trois-Rivières il y a un moins seulement. J'habite au Québec depuis 2010 et j'ai vécu dans différentes villes de cette belle province (Rimouski, Matane et Sorel-Tracy). J'ai présentement 2 enfants et je suis de retour aux études à l'UQTR en sciences comptables. Je suis tout à fait d'accord que le système scolaire ici est beaucoup plus souple, notamment pour les retours aux études à l'âge adulte. Je n'aurai jamais pu faire un tel retour aux études en France avec la même facilité qu'ici!

 

Je dois bien avouer que j'ai bien ressenti ce que tu décris dans ton processus d'intégration : adoration, rejet, acceptation, relations amicales différentes, etc. Ça fait plaisir de voir que l'on n'est pas seul dans cette situation!

 

Comme présentement ma socialisation est un peu plus difficile vu que je suis plus âgé que les autres étudiants dans mon cursus (j'ai 33 ans), que je ne suis pas en colocation, que je ne connais pas du tout la ville et que toute ma famille et mes amis n'habitent pas ici, aurais-tu des suggestions d'endroits sympathiques à découvrir pour permettre une bonne socialisation à Trois-Rivières ou des conseils à ce sujet? D'habitude, je me suis surtout fait des amis grâce à mon travail mais là, ça ne s'applique plus pour l'instant.

 

Au passage, si d'autres Trifluviennes ou Trifluviens voient ce message, je suis également intéressé par leurs avis sur le sujet.

 

Merci et bonne journée :) !

 

Grégoire

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Salut Grégoire ! Je m'excuse pour le gros retard pour ma réponse.

Le site de l'office de tourisme est vraiment une perle pour trouver des endroits en Mauricie. Je te conseille aussi de t'inscrire sur les différents groupes de Facebook de la ville de Trois-Rivières pour te tenir au courant des activités.

J'espère que ton intégration se passe bien. Tu vas voir que dans quelques semaines le centre ville va se réanimer à une intensité pas croyable avec le beau temps qui revient :)

Si tu as besoin d'autres conseils, hésites pas à m'envoyer un mp,

A bientôt,

 

MandouPsy

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Hello ami Grenoblois,

 

Super retour, ça donne envie!

 

les montagnes vous manquent pas trop?

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Salut Djay !

C'est rigolo que tu poses la question parce qu'on se l'est posé plusieurs fois avant de partir. A force de vivre dans le cocon protecteur de Grenoble, on se demander comment on allait vivre le fait de voir l'horizon... Et bien figure toi que ça a été vraiment salvateur ! Une belle impression de liberté. Je suis encore hallucinée, même plusieurs années après, de regarder la taille du ciel. Donc de temps en temps, je lève la tête (p. exemple sur un stationnement du Walmart) puis je capote ! Une vraie débile :) mais assumée ;)

Bon processus d'immigration à toi,

 

MandouPsy

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