Aux immigrants fans de bingo... http://www.cyberpresse.ca/actualites/artic...2005,889161.php Le bingo a perdu la boule Denis Lessard La Presse Québec À l'heure des «gratteux» et des machines de vidéopoker, l'industrie du bingo est en chute libre au Québec comme dans le reste du pays. Après un moratoire de cinq ans et un demi-million de fonds publics versés à des consultants, rien n'a progressé dans ce secteur constamment miné par des querelles entre les regroupements d'organisateurs. Le gouvernement du Québec vient de prolonger de six mois le moratoire sur tous les nouveaux permis de bingo, frustrant encore de nombreuses organisations à but non lucratif qui l'implorent pour avoir le droit d'utiliser cette source de financement. L'extension du moratoire était incontournable: depuis cinq ans, les discussions entre les partenaires de cette industrie n'ont pas avancé d'un iota. Cette léthargie, qui agace bien des députés soumis aux pressions de leurs groupes communautaires, est au coeur d'une partie de bras de fer entre le ministre Jacques Chagnon et la Régie des alcools, des courses et des jeux. M. Chagnon, a appris La Presse de sources sûres, a réclamé que le président de la Régie, Charles Côté, soit mis sur une voie d'évitement, 18 mois avant la fin de son mandat. Cet appel du ministre au plus haut niveau est resté lettre morte jusqu'ici. La liste des contentieux est longue entre MM. Chagnon et Côté. Ce dernier juge inutilement tracassiers les règlements mis en place pour l'industrie de la bière en région: des permis sont nécessaires pour chaque marque de bière dans chaque région. De plus, il n'a jamais digéré qu'on permette aux traiteurs de verser à l'avance en carafe le vin destiné à une réception - la porte ouverte aux produits frelatés. En revanche, dans les corridors de la Régie, on s'interroge sur un ministre qui, en 18 mois, n'a pas eu le temps de rencontrer le président de l'organisme dont il a la responsabilité. Les lettres de M. Côté au cabinet de M. Chagnon n'obtiendraient même jamais de réponse, chuchote-t-on à la Régie. Dans le dossier du bingo, la Régie «n'a pas à être un promoteur d'activité de jeu», explique-t-on à cet organisme. «Notre rôle est de la contrôler.» L'industrie du bingo, c'est un chiffre d'affaire de 250 millions par année, si on inclut la vente de billets. Les profits nets, de l'ordre de 40 millions, vont aux organismes charitables ou religieux. Mais à cause de l'anarchie du secteur, les soirées ou même les après-midi de bingo sont devenus trop nombreux, faisant en sorte qu'une fois payés les salles et les employés - plus de 2000 personnes y gagnent leur vie au Québec - il ne reste plus grand-chose pour les organisations caritatives. Dans une note de service de la RACJ, obtenue par La Presse, on trace un bien sombre bilan de ce secteur: «Le bingo traditionnel, tel qu'on le joue actuellement, a de moins en moins la cote auprès des consommateurs.» Les gens préfèrent les loteries instantanées et n'aiment guère être forcés à participer aux trois heures que dure en moyenne une soirée de bingo. Seule la Colombie-Britannique a su moderniser ce secteur, permettant que l'on puisse ne jouer que quelques minutes, et en accordant l'installation d'appareils de loterie vidéo dans les salles de bingo.