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  1. Trop souvent, par contre, les restrictions existantes ou espérées ne font que protéger les intérêts particuliers de certains groupes, sans avancer l’intérêt commun. Il semble que la nécessaire protection du public se soit transformée, pour certains, en un étrange droit aux chasses gardées, dont il faudrait défendre l’accès. Il y a deux semaines, quelques personnes se sont indignées en apprenant que les sœurs Dufour-Lapointe, portées aux nues pour leurs exploits sportifs à Sotchi, participeraient au doublage de Les avions : les pompiers du ciel, le dernier dessin animé de Disney. Il n’en fallait pas plus pour qu’éclate un de ces microscandales dont le Québec semble avoir le secret : de quel droit ces athlètes viennent-elles jouer dans des plates-bandes qui «appartiennent aux comédiens» ? Aux yeux d’une certaine clique, non seulement les sportifs sont-ils réputés sans talent, mais — surtout — ils n’auraient pas d’affaire à s’approprier des cachets qui «appartiennent» aux comédiens certifiés. «Verrait-on un comédien se pointer aux Olympiques ou jouer pour le Canadien de Montréal ?», demandait-on avec sarcasme. (La question était mal choisie. Si un comédien réalisait les performances nécessaires pour se qualifier au sein de l’équipe nationale de ski, de natation ou d’athlétisme, il irait aux Olympiques. De même, pour se tailler une place dans la LNH, la provenance d’un joueur n’a aucune importance, pas plus que son rang au repêchage, ou même le fait d’avoir été ignoré par les recruteurs. Ce qui compte, c’est sa capacité à livrer la marchandise, peu importe sa formation ou ses certifications préalables.) Au bout du compte, l’affaire des soeurs Dufour-Lapointe n’aura été qu’une tempête dans un verre d’eau. L’incident s’ajoute toutefois à une longue liste de combats, gagnés ou perdus, pour le maintien ou l’instauration de chasses gardées au Québec. Toujours dans le milieu culturel, plusieurs se souviendront de la sortie de Christian Bégin d’il y a dix ans. Il s’agissait alors d’empêcher des gens — une gagnante de Star Académie, en l’occurrence — d’obtenir des rôles au cinéma, sous prétexte que ceux-ci devraient être exclusivement réservés aux comédiens en bonne et due forme. Il aurait visiblement fallu cloisonner les métiers, limiter l’accès, et que chacun reste à sa place. Plus récemment, on a vu une tentative semblable dans le monde du journalisme. Face à la menace posée par l’essor du Web et des nouvelles voix qu’il a fait éclore, certains ont cherché à réglementer l’accès à la profession au moyen d’un mélange de certifications et de subventions. Sous le couvert de la protection du public, on cherchait évidemment à protéger les intérêts économiques des journalistes des inquiétudes (par ailleurs légitimes) suscitées par le profond bouleversement de l’industrie médiatique. La tentative a échoué, heureusement. Depuis deux ans, le même genre de logique est apparu dans le contexte de la restauration de rue à Montréal. Horrifiés de voir apparaître de la concurrence sur roue — légalisée depuis l’an dernier —, les restaurateurs de Montréal ont cherché à exclure et à limiter cette nouvelle offre le plus possible. Ce lobbying intensif a accouché d’une réglementation dont l’objectif principal semble être de tenir la cuisine de rue le plus loin possible des restaurants actuels, et de leurs clients. Pour changer encore une fois de domaine, pourquoi ne pas aussi parler de l’industrie de la construction au Québec, avec son adhésion syndicale forcée (unique en Amérique du Nord) et ses innombrables certifications obligatoires — de loin les plus contraignantes au pays —, qui servent elles aussi à restreindre la mobilité de la main-d’œuvre et l’accès aux métiers ? Encore une fois, on invoquera sans doute le besoin de «protéger le public» ou de garantir la qualité des travaux, ou encore, de maintenir «la paix sur les chantiers». Mais a-t-on réellement l’impression que les immeubles et les infrastructures de l’Ontario ou de la Colombie-Britannique s’effondrent davantage qu’au Québec, ou que leurs chantiers sont moins paisibles ? Pour élargir encore davantage le débat, pourrait-on aussi s’intéresser aux clauses des conventions collectives (et les équivalents applicables aux ordres professionnels), qui ne font que cloisonner inutilement les tâches des uns et des autres, réserver des actes sans raison valable, et restreindre le plus possible l’accès et la mobilité des travailleurs ? Il va sans dire que certains métiers et professions doivent faire l’objet d’une réglementation rigoureuse — quand la protection du public est réellement en jeu, notamment. On n’autorise pas n’importe qui à pratiquer des opérations à cœur ouvert, à concevoir des ponts, ou à piloter des Boeing 747. Trop souvent, par contre, les restrictions existantes ou espérées ne font que protéger les intérêts particuliers de certains groupes, sans avancer l’intérêt commun. Il semble que la nécessaire protection du public se soit transformée, pour certains, en un étrange droit aux chasses gardées, dont il faudrait défendre l’accès. Si le Québec semble particulièrement infecté par cette mentalité, il n’est pas seul pour autant. Unerécente lettre ouverte publiée dans le New York Times (et qui s’attardait, entre autres, à l’absurde certification obligatoire des fleuristes en Louisiane) indiquait que le nombre d’emplois nécessitant un permis a triplé en 40 ans aux États-Unis. L’auteur donnait plusieurs bonnes raisons de s’attaquer à ces règles contre-productives. Ces réformes sont aussi nécessaires au Québec. Pour que la réglementation privée et publique soit en phase avec les trajectoires professionnelles de notre époque. Pour s’attaquer énergiquement au chômage des jeunes et des immigrants. Et pour redonner à tous — et particulièrement à ces 60 % de jeunes qui voudraient vivre ailleurs — le sentiment que le marché du travail québécois est ouvert, et qu’il encourage la flexibilité, l’initiative et les nouveaux départs. * * * source: http://www.lactualite.com/actualites/politique/quebec-paradis-des-chasses-gardees/
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